En France, 750 000 personnes âgées n’ont presque plus aucun contact avec qui que ce soit.
C’est le chiffre du baromètre 2025 des Petits Frères des Pauvres, repris par l’Assurance retraite. On appelle cela la « mort sociale ». Et elle ne tombe pas du ciel : elle s’installe peu à peu, souvent dans les années qui suivent le départ du travail.
Je m’appelle Virginie, j’ai bientôt 60 ans et je prépare ma propre retraite. La perte des collègues, du rythme et des petites conversations du quotidien fait partie de ce qui m’inquiète le plus, alors j’ai cherché ce qui marche vraiment.
Pourquoi la retraite fragilise le lien social
Le travail fournit des contacts sans effort. Vous croisez des gens chaque jour, vous déjeunez avec eux, vous râlez ensemble contre la réunion du lundi.
À la retraite, tout cela disparaît d’un coup. Il faut alors créer soi-même les occasions de voir du monde.
Le baromètre 2025 donne une idée de l’ampleur du phénomène chez les personnes âgées :
| Situation | Nombre de personnes |
|---|---|
| En « mort sociale », sans contacts | 750 000 |
| Coupées de leur famille et de leurs amis | 2 millions |
| Ne voient jamais ou presque leurs enfants ou petits-enfants | 1,5 million |
| Sans aucun lien amical, même à distance | 1,1 million |
| Ne sortent pas de chez elles chaque jour | 9 millions |
| À l’écart du numérique | 5 millions |
Source : baromètre 2025 des Petits Frères des Pauvres, cité par l’Assurance retraite.
Le même baromètre relève une hausse de 150 % de l’isolement des aînés en moins de dix ans. Donc le problème grossit, et il vaut mieux s’y prendre tôt, tant que l’on a l’énergie de bouger.
Installer des rendez-vous réguliers
Le secret, c’est la régularité. Le rendez-vous fixe de chaque semaine crée plus de liens qu’une belle sortie isolée.
Parce qu’à force de voir les mêmes visages le mardi matin, on finit par prendre un café ensemble après.
- une marche en groupe avec un club de randonnée ou le centre social
- une chorale, un atelier de peinture, un club de lecture à la médiathèque
- un cours de langue ou une conférence d’université du temps libre
- une séance de gym douce ou d’aquagym proposée par la mairie
- un repas mensuel avec la famille ou les voisins, toujours le même jour
Pour trouver des idées près de chez vous, notre article sur les clubs et associations à rejoindre après la retraite passe en revue les principales pistes.

Se rendre utile grâce au bénévolat
Le bénévolat apporte deux choses à la fois. Des contacts réguliers, et le sentiment de compter pour quelqu’un.
Les besoins sont partout : aide aux devoirs, distribution alimentaire, accompagnement de personnes plus âgées, accueil dans un musée ou une bibliothèque. L’Assurance retraite propose elle-même des missions de bénévolat aux retraités.
Personnellement, c’est la piste qui me parle le plus. Je trouve plus facile d’aller vers les autres quand j’ai une tâche à faire avec eux que lorsqu’il faut juste « faire connaissance ».
Si vous hésitez sur le cadre, les assurances ou le temps à y consacrer, voyez comment faire du bénévolat à la retraite.
Repenser son logement
Le lieu où l’on vit pèse lourd. Une maison isolée, loin des commerces et sans transports, rend chaque sortie compliquée, surtout le jour où l’on ne conduit plus.
Plusieurs formules permettent de vivre entouré sans renoncer à son autonomie : la colocation entre seniors, la cohabitation avec un étudiant, l’habitat inclusif ou la résidence services. Chacune a ses règles et son coût, que nous détaillons dans notre article sur les solutions de logement partagé pour seniors.
Sans aller jusque-là, se rapprocher d’un centre-bourg ou d’une ligne de bus change déjà beaucoup de choses.
Apprivoiser le numérique
Le téléphone et l’ordinateur ne remplacent pas une vraie rencontre. Mais un appel vidéo avec les petits-enfants qui vivent loin, ou un groupe de messagerie avec d’anciens collègues, entretient des liens qui se perdraient sinon.
Si vous êtes mal à l’aise avec ces outils, les espaces France Services, les médiathèques et beaucoup de centres sociaux organisent des ateliers d’initiation. Et ces ateliers sont eux-mêmes une occasion de rencontrer du monde.

S’engager dans la vie locale
Les conseils de quartier, les comités des fêtes, les associations de parents ou de défense du patrimoine cherchent souvent des volontaires. Les retraités, qui ont du temps et de l’expérience, y sont les bienvenus.
Tous les âges s’y croisent.
Et cela évite de vivre uniquement entre personnes de sa génération, ce qui finit par rétrécir le monde.
Repérer les signes et demander de l’aide
L’isolement s’installe sans bruit. Vous sortez moins, vous reportez les appels, les loisirs qui vous plaisaient ne vous disent plus rien. Ces signes valent aussi pour un proche, un parent âgé ou un voisin.
Plusieurs lignes d’écoute existent quand le moral flanche. Solitud’écoute, au 0 800 47 47 88, est gratuit et anonyme, ouvert 7 jours sur 7 de 15 h à 20 h pour les plus de 50 ans. L’association Au bout du fil propose de son côté un appel amical chaque semaine, à un créneau convenu.
Si la tristesse dure, si le sommeil ou l’appétit changent, parlez-en à votre médecin traitant. Il connaît les relais près de chez vous.
Mon conseil : avant même le jour du départ, choisissez une activité régulière et inscrivez-vous. Une seule suffit pour commencer. C’est ce que je compte faire, pour que la première semaine de retraite ait déjà un rendez-vous dans l’agenda.
Testez vos connaissances
1. Combien de personnes âgées sont en « mort sociale » selon le baromètre 2025 des Petits Frères des Pauvres ?
750 000 personnes âgées n’ont quasiment plus aucun contact, selon le baromètre 2025.
2. Qu’est-ce qui crée le plus facilement des liens durables ?
Revoir les mêmes personnes chaque semaine permet aux liens de se tisser.
3. Quand peut-on appeler Solitud’écoute ?
La ligne gratuite 0 800 47 47 88 répond tous les jours de 15 h à 20 h.
Questions fréquentes
Comment oser rejoindre un groupe quand on ne connaît personne ?
Commencez par une activité près de chez vous, et demandez si une séance d’essai est possible. Beaucoup d’associations l’acceptent. Venir avec un voisin ou un ami rend aussi le premier pas plus facile.
Où apprendre à utiliser une tablette ou un smartphone ?
Les espaces France Services, les médiathèques et de nombreux centres sociaux proposent des ateliers d’initiation, souvent gratuits ou peu chers. Renseignez-vous auprès de votre mairie.
Quels sont les signes d’isolement à surveiller chez un proche ?
Il sort moins, abandonne ses activités habituelles, répond moins au téléphone ou perd l’intérêt pour ce qu’il aimait. Si ces signes s’installent, proposez-lui une activité à deux et parlez-en à son médecin si le moral semble atteint.
Existe-t-il une ligne d’écoute gratuite pour les retraités isolés ?
Oui. Solitud’écoute, des Petits Frères des Pauvres, répond gratuitement au 0 800 47 47 88, 7 jours sur 7 de 15 h à 20 h, pour les plus de 50 ans.





