Une femme qui fête ses 60 ans aujourd’hui en France a encore, en moyenne, près de 28 ans devant elle.
Un homme du même âge, un peu moins de 24. C’est ce chiffre, année après année, qui pèse sur l’âge de départ et sur le nombre de trimestres qu’on vous demande.
Virginie, conceptrice de ce site, bientôt 60 ans, et donc directement concernée. J’ai voulu comprendre ce que recouvre exactement cette idée de « retraite liée à l’espérance de vie », parce qu’on l’entend à chaque débat sans qu’on l’explique jamais.
Ce que veut dire « lier la retraite à l’espérance de vie »
L’idée est simple. Si l’on vit plus longtemps, on touche sa pension plus longtemps, et le système doit payer plus.
Pour garder l’équilibre, un pays peut alors faire bouger l’un de ces trois réglages en fonction de la longévité :
- l’âge minimum de départ,
- la durée de cotisation exigée pour une pension complète,
- le montant de la pension, calculé selon le nombre d’années qu’il reste à vivre en moyenne.
Le mécanisme peut être automatique, inscrit dans la loi, ou décidé au coup par coup par le Parlement. Et c’est toute la différence entre les pays.
Les chiffres de l’espérance de vie à 60 ans
L’Insee publie chaque année l’espérance de vie à 60 ans. C’est l’indicateur qui compte pour la retraite, bien plus que l’espérance de vie à la naissance.
| Année | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| 2023 | 27,9 ans | 23,7 ans |
| 2024 | 27,9 ans | 23,8 ans |
| 2025 | 27,9 ans | 23,9 ans |
Données provisoires de l’Insee, arrêtées fin 2025.
Ce qui frappe, c’est la stabilité. Sur ces trois années, les chiffres bougent à peine, et pas du tout côté femmes.
Mais l’écart entre femmes et hommes reste d’environ quatre ans. Une même règle d’âge ne donne donc pas la même durée de retraite à tout le monde.
Comment la France a déjà relié retraite et longévité

Beaucoup l’ignorent, mais la France a déjà eu son mécanisme automatique. La loi Fillon de 2003 prévoyait d’allonger la durée d’assurance au rythme des gains d’espérance de vie, pour garder un rapport stable entre années de travail et années de retraite.
Puis la loi de 2014 a remplacé cette règle par un calendrier fixe. La durée devait atteindre 172 trimestres pour les personnes nées à partir de 1973.
La réforme de 2023 a accéléré ce calendrier et relevé l’âge légal vers 64 ans. Sa mise en œuvre est aujourd’hui suspendue jusqu’au 1er janvier 2028, ce qui gèle provisoirement la hausse. Le détail de ce qui a changé est dans notre article sur ce que la réforme des retraites de 2023 a changé.
Bref, en France, c’est le législateur qui tranche. Il n’y a plus de pilote automatique.
Ce que font nos voisins
Plusieurs pays européens ont choisi l’automatisme. Le Danemark et les Pays-Bas font évoluer l’âge de départ avec l’espérance de vie, selon une formule fixée à l’avance.
La Suède et la Finlande jouent plutôt sur le montant. À la liquidation, la pension tient compte de l’espérance de vie de votre génération, donc une génération qui vit plus longtemps touche un peu moins chaque mois, sauf à partir plus tard.
En France, le projet de retraite universelle par points de 2019 prévoyait un « âge d’équilibre » de ce type. Il a été abandonné en 2020. Le sujet revient régulièrement, comme on l’explique dans l’article sur le retour possible du système par points dans le débat.
Les arguments pour et contre
Les partisans y voient une règle prévisible. Les décisions douloureuses ne dépendent plus des majorités politiques du moment, et chaque génération sait à quoi s’attendre.
Les opposants rappellent que l’espérance de vie est une moyenne. Elle varie selon le sexe, le métier et le niveau de revenu, et l’espérance de vie en bonne santé ne suit pas forcément la même courbe.
Autrement dit, la même règle peut sembler juste pour un cadre et beaucoup moins pour un ouvrier aux métiers physiques. Les enjeux démographiques plus larges sont détaillés dans notre dossier sur l’impact du vieillissement de la population sur les retraites.
Personnellement, je ne tranche pas. Je constate juste que ce débat reviendra en 2028, à la fin de la suspension.
Ce que cela change pour votre propre retraite
À titre individuel, l’espérance de vie sert surtout à une chose : estimer combien d’années votre épargne et votre pension devront couvrir.
Si vous partez à 64 ans, prévoyez un budget sur plus de vingt ans. Pour une femme, souvent près de vingt-cinq.
C’est long.
Mon conseil : quand vous faites votre simulation sur info-retraite.fr, regardez le montant mensuel, puis multipliez-le par le nombre d’années probable et comparez avec ce que coûterait un départ un an plus tôt ou plus tard. C’est ce que je fais dans mon propre dossier, et ce calcul m’a davantage parlé que n’importe quel discours.
Testez vos connaissances

1. Quelle est l’espérance de vie à 60 ans d’une femme en France en 2025 ?
Selon l’Insee, 27,9 ans pour les femmes et 23,9 ans pour les hommes (données provisoires).
2. Quelle loi a lié la durée d’assurance aux gains d’espérance de vie en France ?
La loi Fillon de 2003 prévoyait cet ajustement. La loi de 2014 l’a remplacé par un calendrier fixe.
3. Comment la Suède tient-elle compte de la longévité ?
Le montant calculé au départ dépend de l’espérance de vie de votre génération.
Questions fréquentes
L’âge de départ est-il indexé sur l’espérance de vie en France ?
Non. L’âge légal et la durée d’assurance sont fixés par la loi, génération par génération. Aucun mécanisme automatique n’est en vigueur aujourd’hui.
Pourquoi parle-t-on d’espérance de vie à 60 ans plutôt qu’à la naissance ?
Parce qu’elle mesure le nombre d’années qu’il reste à vivre à l’âge où l’on approche de la retraite. C’est donc la durée moyenne pendant laquelle une pension sera versée.
Les femmes touchent-elles leur retraite plus longtemps ?
En moyenne, oui, d’environ quatre ans, puisque leur espérance de vie à 60 ans est plus élevée. Mais leurs pensions restent en moyenne plus faibles, à cause de carrières souvent plus courtes.





