Artisan, commerçant ou libéral, vous avez peut-être cotisé trente ans sans jamais savoir ce que votre retraite vous rapportera.
C’est normal. Le système des indépendants mélange une retraite de base calculée comme celle des salariés, une complémentaire en points et, pour les libéraux, des caisses à part.
Je suis Virginie, j’ai bientôt 60 ans et je démêle en ce moment mon propre dossier retraite. Voici ce que j’ai compris en lisant les textes officiels, sans jargon inutile.
Qui relève de la retraite des indépendants ?
On classe les indépendants en trois familles, qui n’ont pas du tout les mêmes règles.
- Artisans, commerçants et industriels. Depuis la disparition du RSI, leur retraite est gérée par l’Assurance retraite, comme celle des salariés du privé. Les micro-entrepreneurs qui exercent ces activités sont dans le même cas.
- Professions libérales. Médecins, architectes, experts-comptables, consultants : ils dépendent de la CNAVPL et de l’une de ses sections professionnelles. Les avocats ont leur propre caisse, la CNBF.
- Exploitants agricoles. Ils relèvent de la MSA, avec un régime à part.
Je me concentre ici sur les artisans et commerçants, qui sont les plus nombreux. Si vous êtes libéral, l’article dédié au fonctionnement de la retraite des professions libérales vous sera plus utile.
Comment se calcule la retraite de base d’un artisan ou d’un commerçant ?
Bonne nouvelle, c’est exactement la même formule qu’au régime général. Trois éléments entrent dans le calcul.
- Le revenu annuel moyen de vos 25 meilleures années, revalorisé et retenu dans la limite du plafond de la Sécurité sociale chaque année.
- Le taux, au maximum 50 %. C’est le taux plein.
- La durée d’assurance : vos trimestres validés, rapportés au nombre exigé pour votre génération.
La formule tient en une ligne : revenu annuel moyen × taux × trimestres validés / trimestres requis. Pour les personnes nées à partir de 1966, il faut 172 trimestres pour le taux plein, et à 67 ans le taux plein est accordé quoi qu’il arrive.
S’il vous manque des trimestres avant 67 ans, la décote s’applique. Elle retire 0,625 point de taux par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Tout le mécanisme est détaillé dans notre explication de la décote et de la surcote.
Petite nuance que j’ai mis du temps à saisir. Les années d’activité avant 1973 étaient calculées en points, et ces anciens points sont toujours payés à part, avec une valeur revalorisée chaque 1er janvier.
Le principe de la retraite complémentaire des indépendants

Depuis le 1er janvier 2013, artisans et commerçants partagent un régime complémentaire unique, la RCI. Il fonctionne en points.
Chaque année, vos cotisations vous font gagner des points. Au moment de partir, on multiplie le total par la valeur du point.
Cette valeur est de 1,347 € par an en 2026 pour les points du régime unique. Les points acquis dans les anciens régimes d’artisans valent un peu moins.
Et si vous partez avec une décote sur votre retraite de base, la complémentaire est elle aussi réduite. Le taux de pension baisse de 1 % par trimestre manquant pour les 12 premiers trimestres, puis de 1,25 % au-delà.
À vie.
Un exemple chiffré
Prenons une commerçante née en 1966, avec un revenu annuel moyen de 28 000 € sur ses 25 meilleures années. Elle part à 63 ans et 3 mois, son âge légal, avec ses 172 trimestres.
- Retraite de base : 28 000 € × 50 % × 172/172, soit 14 000 € brut par an.
- Complémentaire, si elle a accumulé 4 000 points : 4 000 × 1,347 €, soit 5 388 € brut par an.
- Total : 19 388 € brut par an, autour de 1 615 € brut par mois.
Maintenant, imaginons qu’il lui manque 4 trimestres. Son taux de base tombe à 47,5 %, la proratisation joue sur 168/172 et sa complémentaire perd 4 %. Donc elle perd plus de 1 000 € par an, avant même de parler des prélèvements sociaux.
Ce qu’il faut surveiller pendant votre carrière
Chez les indépendants, le piège vient souvent des petites années. Un revenu trop faible peut valider moins de quatre trimestres dans l’année, et cela se voit des décennies plus tard.
Mais vous pouvez agir. Je vérifierais d’abord ces trois points, dans cet ordre.
- Votre relevé de carrière sur info-retraite.fr, pour repérer les années incomplètes ou oubliées.
- Le nombre de trimestres validés chaque année, surtout si vous êtes micro-entrepreneur avec un chiffre d’affaires modeste. Nos explications sur les droits à la retraite des travailleurs indépendants vous aident à faire le point.
- Le rachat de trimestres, possible sous conditions, mais coûteux à l’approche de la retraite.
Comment demander sa retraite d’indépendant ?
La demande se fait en ligne, une seule fois pour tous vos régimes, sur le service de demande de retraite d’info-retraite.fr. Elle couvre la base et la complémentaire.
Prévoyez de la déposer environ six mois avant la date choisie. Parce que si un trimestre manque ou si une année d’activité n’a pas été reportée, vous aurez le temps de fournir vos justificatifs.
Mon conseil : téléchargez votre relevé de carrière cette semaine et cochez chaque année d’activité. Si vous avez été salariée avant de vous installer, comme beaucoup, vérifiez que les deux périodes figurent bien. C’est là que se cachent les oublis.
Testez vos connaissances

1. Qui gère aujourd’hui la retraite de base des artisans et commerçants ?
Depuis la disparition du RSI, l’Assurance retraite gère la retraite des artisans et commerçants.
2. Sur quel revenu se calcule leur retraite de base ?
Comme au régime général, on retient le revenu annuel moyen des 25 meilleures années.
3. Comment fonctionne la complémentaire des artisans et commerçants ?
Vos cotisations vous donnent des points, convertis en pension au moment du départ.
Questions fréquentes
Un micro-entrepreneur cotise-t-il pour la retraite complémentaire ?
Oui. Ses cotisations sociales incluent la retraite complémentaire et lui font gagner des points, calculés sur les cotisations réellement payées.
Peut-on cumuler une activité indépendante et sa retraite ?
Oui. Une fois toutes vos retraites obligatoires liquidées, le cumul est libre si vous avez atteint l’âge légal avec le taux plein, et plafonné sinon.
J’ai été salariée puis indépendante, combien de retraites vais-je toucher ?
Votre retraite de base est calculée une seule fois si vous dépendez de régimes alignés, comme salariée du privé puis artisane ou commerçante. Vous recevez en revanche une complémentaire de chaque régime : Agirc-Arrco pour le salariat, RCI pour l’activité indépendante.





